vendredi 7 février 2014

Gogleu m'a tuer

On attend les attendus du jugement en appel condamnant le sieur Olivier Laurelli, aka Bluetouff, qui a eu le culot de "pirater" des données sensibles de l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), documents que cet organisme avait omis de protéger, et qui étaient donc accessibles via Google à tout un chacun.

Pour être tout à fait honnête, je suis incapable de donner un avis sur le cybercrime en question, et de savoir si nous avons affaire à un valeureux Robin des Bois de la Toile ou simplement à un "hacker" aux motivations et agissements à la limite du licite ou de l'éthique. Je n'ai découvert son existence qu'hier en apprenant cette condamnation qui semble d'abord assez choquante, et en lisant le compte-rendu de l'audience d'appel où les magistrats paraissaient bien peu au fait des technologies numériques:
En ouverture d’audience, la magistrate chargée de rappeler les faits semblait même ne pas connaître Google, prononcé à la française « gogleu », ni savoir ce que signifie un « login », prononcé « lojin ». Difficile, dans ces conditions, d’expliquer qu’il est effectivement possible de tomber sur des documents de travail par une simple recherche…« Mais il faut tout de même taper des mot-clés… », demande ainsi, dubitatif, un de juges. « Comment faites-vous pour arriver sur des questions de santé publique alors que vous cherchiez des choses sur la Syrie ? » Au fil de l’audience, on se rend compte que les magistrats ont une vision totalement fantasmée d’internet, et des documents que l’on peut y trouver… « Vous ne vous souciez pas de savoir si vous alliez tuer toute la planète ? » s’indigne ainsi une magistrate alors que l’accusé vient de lui expliquer que ces documents n’étaient, visiblement, pas confidentiels. (Médiapart)

L'avocat d'Olivier Laurelli a annoncé qu'il se pourvoit en cassation.


mercredi 5 février 2014

Bleu marine ou rose fuschia, sous les couleurs le même matin brun.



Malgré son costume d'animateur de soirées pour clubs du troisième âge, Gerard Batten n'a cependant rien de sympathique. C'est un des dirigeants du parti Ukip, formation d'extrême-droite ultra nationaliste, anti-européenne et xénophobe. Actuellement parlementaire européen, il aimerait bien être élu à la Chambre des Communes, pour promouvoir son programme violemment anti-musulman: aucune nouvelle mosquée au Royaume-Uni tant qu'on n'érigera pas d'église à La Mecque, et tous les musulmans devront signer une "charte" pour s'engager à refuser "l'extrémisme".

Mais il n'est pas raciste pour un sou, ce triste personnage que l'on voit sur cette vidéo déclarer fièrement à un dîner de gala : "A la loterie de la vie nous avons tiré le gros lot vous et moi : nous sommes nés Britanniques," n'allez pas vous méprendre : la belle brune exotique assise à côté de lui, c'est sa femme. Mais pourquoi donc a-t-elle l'air passablement crispé en écoutant cette harangue?

vendredi 10 janvier 2014

Pendant la crise, les travaux continuent (ou vice versa)

Sortie un instant vider mon seau avant de faire le sol de la cuisine, quelle n'a pas été ma surprise d'entendre Karl Lagerfeld faire l'éloge de Marx à la Grande Table de France Culture.


En fait l'accent acéré et l'intonation glacée étaient celles d'Anselm Jappe, venu donner un aperçu de son analyse de la crise du capitalisme. Le fond est à l'image de la forme, affuté comme une lame, très convaincant mais qui fait froid dans le dos. Ça fait peur, mais ça fait du bien.

jeudi 19 décembre 2013

La magie de Noël...

On a eu le débat sur le sexe des anges, voici celui sur la couleur du père Noël. Et bien sûr ce que d'aucuns qualifient, un peu méprisants, de querelle byzantine, renvoie à des questions dérangeantes.

Une inénarrable présentatrice de Fox News (bastion de la droite états-unienne basse de plafond, celle qui rassemble les millions de pauvres bougres qui pensent encore que la terre est plate) a vertement attaqué un papier rigolo publié sur Slate par une américaine noire : celle-ci s'insurgeait contre l'image imposée de "Santa Claus" en gros rougeaud blanc, qui lui donnait l'impression gamine de ne pas faire partie de la bande ; elle suggérait donc qu'on lui substitue un pingouin, animal gentil adoré des enfants.

Les arguments d'Aisha Harris sont cohérents:

"Will kids have a harder time believing in Santa the Penguin—aka Penguin Claus—than in the fat white guy he’s replacing? I don’t think so. Kids are used to walking, talking bears and gigantic friendly birds. A penguin delivering gifts might even seem more feasible to them, since cartoons have primed them to consider such creatures fairly run of the mill."

Pas assez cohérents pour convaincre Megyn Kelly, de Fox News, puisque, déclare-t-elle tout de go, chacun sait que le père Noël est blanc, tout comme c'est un fait historique bien établi que Jésus était blanc, lui aussi. D'autres preuves avancées par ses supporters s'appuient sur des sources indiscutables: la publicité de Coca-Cola, entre autres. On ne peut que s'incliner devant la puissance de ce raisonnement...




mercredi 18 décembre 2013

Billie Jean is not my lover....

... mais je l'adore quand même!




Le président Obama, dont je ne suis plus fan depuis bien longtemps, pour rester modérée, fait tout de même un geste  positif. Il n'ira pas à l'ouverture des jeux de Sotchi. Et au lieu d'envoyer madame sa régulière, Joe Biden ou un POTUS  retraité, comme le veut la tradition, il fera représenter les EU par Billie Jean King et Caitlin Cahow, deux sportives lesbiennes de premier plan.

I must admit I had no idea until today who Ms Cahow is, but I remember Billie Jean playing old macho Bobby Riggs and beating him. It is a shame that so little has been done to oppose Putin's homophobic and antidemocratic stances, and that once again all the money behind organized sport talks louder than the supposed attachment to human rights of "western democracies".

lundi 16 décembre 2013

L'hiver meurtrier

A ce rythme, ce blog va tourner à la rubrique nécrologique: ils se bousculent au portillon, les gens célèbres, pour prendre place dans la barque du passeur infernal.



Avec la mort de Peter O'Toole, c'est un très vieux souvenir qui s'évoque, et j'imagine que bien des quinquas sont comme moi ramenés à leurs premières séances de cinéma.

At the time the theatre where they showed Lawrence of Arabia in Pointe-à-Pitre truly deserved the appellation of "fleapit". This was before airconditioning and plush seats, and the cinema was "select" only in name. We sat on wooden seats that creaked and cracked, with shards sometimes pricking the back of our legs; one side of the hall was open to let some air in, and of course audiences in those days considered film-watching as an interactive experience. The villain was booed, lovers urged to be more explicit in their displays of affection, and people went crazy when there was a fight, encouraging the hero at the top of their voices.

Sans doute s'agissait-il d'une sortie familiale, car j'imagine mal que mes parents n'aient pas voulu voir ce film multi-oscarisés, mais ce qui me reste de Lawrence d'Arabie, c'est le chavirement intime devant ce regard bleu, et le souvenir d'heures passées toute seule à rêver de désert, de chèches blancs immaculés et de cavalcades.

vendredi 13 décembre 2013

Naissance d'un immortel



Le mois dernier je me suis blottie quelques heures avec délectation dans l'épaisseur un peu grumeleuse de sa voix: je l'écoutais lire son roman L'Enigme du retour, en ce début d'automne venté, et me retrouvais embarquée de New-York à Port-au-Prince, en passant par Montréal, passagère éblouie.

When I heard the news yesterday that Dany Laferrière was elected a member of the Académie Française, I felt a surge of joy and pride, even though I don't really know him, except for that one book and a few interviews I've heard or read. It just seemed like good news at last, that somewhere in the world sensitivity, beauty and intelligence, art in short, are recognized.

Et au moment où les miasmes racistes s'insinuent dans l'air de ce pays, un beau Noir en habit vert pour l'éternité, ça nous fera du bien.

samedi 7 décembre 2013

Death of a troublemaker

Rolilhalha, son nom de naissance, signifie parait-il "fauteur de trouble". Voilà de quoi donner à penser...





(photo Globalpost)